Bon vent 2014

Cette année s’achève et malgré mes efforts je n’arrive à à rien en garder de joyeux. J’ai essayé pourtant, trouvé du temps pour écrire, couru des kilomètres, envoyé des cadeaux. Mais rien, pas même les moments passés avec ma fille, dans la conscience de ce que tout cela a de précieux et d’irrattrapable, ne m’a laissé de traces auxquelles me raccrocher. Le seul sillon de cette année reste l’espoir d’une grossesse, son début et son arrêt. Ce n’est pas si grave, ce n’est pas si dur et je n’ai pas de cela une plaie restée ouverte. Mais c’est la blessure au-delà des blessures, le coup de trop, celui que je n’arrive pas à surmonter, bien que j’ai encaissé pire avant et justement parce que j’ai encaissé pire, sans doute.
Il y aura un mieux, il n’est pas encore arrivé. Cet espoir je dois le détricoter de la présence mes amis, d’une autre grossesse, du travail, des exercices de gratitude, d’un accomplissement quel qu’il soit. Je n’ai rien contre l’onanisme appelé développement personnel, j’en use à l’occasion comme de l’autre, mais quoi ? On peut s’enterrer sous les tentatives de ne pas déranger les autres avec sa souffrance, parce qu’on n’a pas, au fond, objectivement, de raisons de se plaindre, c’est peut-être même ce qui se produit le plus souvent.
Bon vent 2014, tu as été doux avec quelques-uns de mes amis et de cela seulement je te remercie. Que 2015 soit meilleur.

Pour AlbertineP : pandas et phytoplancton

Nous déployons beaucoup plus d’énergie à sauver les pandas que les Percina tanasi, sans doute parce que, tout menacés qu’ils soient, ces derniers sont de simples petits poissons ordinaires et que nous nous fichons pas mal de savoir si nos enfants pourront un jour ou non en voir dans un zoo. Je ne reproche pas aux ravissants pandas un seul centime de leur fond de soutien, car Dieu sait qu’ils en ont besoin, mais je m’inquiète de ce que notre penchant pour la sauvegarde de cette « mégafaune charismatique » (comme les appelle un de mes amis) soit révélateur d’une  stratégie erronée. Si nous sommes convaincus qu’il faille mettre dans le canot de sauvetage les femmes et les enfants d’abord, nous devrions examiner plus attentivement les écosystèmes pour comprendre ce qui est à la base de leur reproduction, de leur assainissement et de leur entretien ; les corvées domestiques cruciales de la planète, le travail ingrat qui maintient tout le reste en vie. A savoir : les microbes du sol, les prédateurs clés, les invertébrés marins, les insectes pollinisateurs, et ô combien le phytoplancton. Le jour où je verrai des peluches pour enfants en forme de phytoplancton, je saurai que nous sommes sur la bonne voie.

Barbara Kingsolver, Petit miracle et autres essais, Rivages, 2002. Essai 6, Libérer les crabes, pp. 81-97