L’uniformisation des mondes

Parfois tout me fait peur. Pas seulement les miséreux du monde frappant à nos portes et reçus à coups de batte (c’est là-dedans les coups de batte qui me font peur, entendons-nous bien), même ce qui se veut rassurant m’effraie. Les salons et les cuisines Ikea (ou Maisons du monde ou Fly ou La Redoute ou …). Les blogs à ligne éditoriale. Nos défis synchronisés, nos projets partagés photo après photo sur les réseaux sociaux. Les youtubeurs et leurs millions de youtubés – dont moi. Les citations tellement faites pour moi, réimprimées à l’infini. Les DIY, les tutos et les printables. Nos écritures similaires, nos narcissismes qui n’ont même plus rien de singulier. Nos jeûnes , nos diètes et nos détox, nos désencombrements et nos minimalismes que nous nous vendons à nous-mêmes comme des aventures modernes. Jusqu’à quel point sommes-nous nos propres dupes, jusqu’à quel point acceptons-nous de nous appauvrir ainsi à devenir les VRP de nos vies plutôt que de vivre ? La tentation faussement confortable d’être comme tout le monde – comme si cela existait. N’est réel là-dedans que l’aspiration elle-même.

Trouver au fond de moi le petit rien qui résiste, le petit caillou dans la chaussure, la graine encore fertile dans l’engrenage, pas encore aplatie. Souffler sur les paillettes et retrouver, en-dessous, le grain dur du bois ou de la pierre. Laisser exister ce qui en nous a peur de se déployer. Faire de la place en moi à ce qui n’est que moi – en lien avec quelques autres seulement.

 

Fratrie

(Ceci est ma participation au jeu d’écriture du mois du blog à mille mains, qui reprend du service)

La photo est de Dame Ambre.

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Nous sommes quatre. Elles sont deux.

Soeurs.

On ne voulait pas connaître le sexe du bébé avant sa naissance. Nous n’avions ni l’un ni l’autre de préférence, ou du moins nous n’en avions pas l’impression. Ça ne nous semblait pas bien important.

J’avais un peu peur, quand même, qu’au moment de découvrir le sexe réel de l’enfant réel, une petite déception m’étreigne.

Et puis, j’ai regardé entre les jambes de notre enfant et j’ai dit « je crois que c’est ce que je préférais ». Je crois que je l’aurais dit, je l’aurais pensé dans l’autre cas aussi. Tout aussi sincèrement. C’est cet enfant-là que j’espérais, exactement.*

Deux sœurs, ça me plaît parce que c’est elles. Et parce que c’est un modèle inconnu dans nos familles. Du neuf.

Je suis fille unique et la fraternité est un mystère pour moi. Terre inconnue, idéalisée. Je fais attention à ne pas faire peser mon manque sur leur relation. Je m’occupe avant tout de ma relation avec chacune d’elles. Ce qui se passe, ou non, entre elles les regarde.

Et …

Elles joueront dans les flaques, se tiendront par la main, videront la baignoire à force de s’éclabousser.

Se détesteront parfois, bouderont, diront qu’elles auraient préférer être fille unique.

Et surtout, elles vivront ce que je ne peux imaginer et je ne serai pas témoin de tout.

Frangines.

 

*(Mes hormones font leur job et elles le font bien).

 

(J’associe ce défi à des textes plus travaillés ou fictionnels mais … voilà ce qui est venu.)