Les pleurs de l’enfant qui vient d’être heureux

Un matin comme peu d’autres, les enfants levées, embrassées, nourries, habillées, parties avec leur père, la maison toute à moi pour une demi-heure avant l’arrivée de mon covoiturage.

Café. Musique. Et ce temps si précieux, ni assez long pour le déplier ni suffisamment court pour le traiter par-dessus la jambe, payer trois factures tweeter deux conneries laver trop d’assiettes.

Revenir ici et reprendre le fil de ce qui me tient à cœur.

Hier, Zé a pleuré.

Le Chap donnait un bain à Ava, la petite sœur si accaparante, et fatiguée, je m’étais allongée avec un livre, dans le lit parental. Une petite souris est venue me rejoindre, un peu étonnée d’être bienvenue je crois. J’avais rechargé mes batteries avec deux heures entre adultes le matin même, et je ne me sentais envahie, comme cela m’arrive, par l’enfant qui interrompt un moment de solitude. On a ri, on a parlé, on s’est câlinées, retrouvant avec bonheur une complicité, une évidence que je croyais perdues avec la naissance de Ava il y a bientôt un an et demi.

Au bout de vingt minutes, le Chap et Ava sortent de la salle de bain, cette dernière me réclame. J’explique à Zé que dans un petit moment, Ava nous rejoindra ou j’irai moi, la rejoindre. Zé, d’habitude très compréhensive avec sa sœur, refuse, d’abord en riant, et finalement en pleurant. Malgré mes promesses de prendre plus souvent des moments comme celui-là, de revenir la voir dès la fin de la tétée, elle pleure, quasi en silence, ce qui est d’autant plus impressionnant.

Et c’est bien. Ce n’est pas confortable, mais c’est bien.

Comme quand on croit qu’on n’a pas soif et que finalement, on ne s’arrête pas avant d’avoir bu le verre d’eau en entier. Comme quand on a les larmes aux yeux de quitter un ami après un week-end alors qu’on ne l’avait pas vu depuis deux ans et qu’on ne se rendait pas compte qu’il nous manquait.

Elle a eu accès à son besoin, et n’a pas pu le combler entièrement, mais maintenant nous savons tous les deux qu’il est là. On va pouvoir en prendre soin. Je vais pouvoir l’aider à l’exprimer.

Pleurer n’est pas forcément mauvais signe. C’est « juste » un signe (ou un signal). Je vais écouter.

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