Au complet – il n’y aura pas d’autre enfant

Je le sais, maintenant, je n’aurai plus d’enfant. Pas d’autre grossesse, non que mon corps ne le puisse pas, mais mes épaules, nos épaules, notre vie, notre maison, ne sont pas de taille à accueillir un enfant de plus.

jakobking85 (via Pixabay) –
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Je croyais vouloir quatre enfants – au moins. J’ai toujours dit, un à la fois, mais avec cet horizon-là en tête. Un était inenvisageable, deux encore trop peu, trois un chiffre bancal, quatre était parfait, mais au-delà aussi, et qui sait si ce serait la fin de la pelote ?

Et puis, la vie. Les choix et les hasards, l’homme que j’aime, l’endroit où l’on vit, la famille agrandie absente. Mais surtout : le parent que je suis, que je veux être. Ma relation avec ces enfants-là, mon temps avec elles, mes moments sans elles.

Je n’aurai pas d’autre enfant et ce qui est heureux, c’est que je ne veux plus d’autre enfant. Mon désir, ou mon non-désir, et mes possibilités coïncident.

Ce qui me pince, m’égratigne un tout petit peu, à peine une marque sur ma peau au fond, c’est l’idée que plus jamais je ne vivrai cette relation mammifère avec un petit qui vient de naître, ces heures de peau à peau dans l’odeur du lait les premières semaines. Cette puissance folle que j’ai ressenti pendant mes accouchements. Ce lien engloutissant où plus rien n’existe que le nouveau-né, la nouvelle-née, l’absolue nouveauté et l’absolue banalité de cette vie qui commence, de cette famille bouleversée par l’irruption attendue d’une autre personne. Ce miracle qui puise en même temps dans le plus irréductible commun de la vie – non que nous soyons tous parents, mais nous sommes tous nés.

Il y aura peut-être d’autres tout-petits dans ma vie, qui sait ? Un petit-enfant un jour, un neveu ou une nièce de sang ou de cœur. Ce sera autre chose.

Nous sommes quatre. Je ne veux que ces trois-là.

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Je ne me souviens pas

… de la dernière fois où j’ai monté à cheval. Je crois que je ne remonterai plus, tout me manque mais il me semble aujourd’hui que c’est une drôle d’affaire pour les chevaux, et qu’alors je m’y sentirai grotesque. J’aimerais bien avoir su, cette ultime balade, que c’était la dernière, avoir mémorisé l’odeur, la sensation précise des muscles qui se contractent et se détendent pour accompagner le mouvement du cheval, l’air sur la peau des joues. La cadence des sabots et celle de mon cœur, le placement des mollets, la sensation du cuir entre mes doigts, sa respiration à lui.

Alexas Photos (Pixabay)

Cette sensation d’être avec,  ce langage qui n’est pas une langue, cette complicité parfois évidente, parfois conflictuelle.

Cavalière, un des traits qui m’a définit pendant si longtemps, bien après que j’ai arrêté de pratiquer, parce que cela faisait partie de moi, parce que je croyais y retourner un jour. Demeure le palimpseste de ces sensations, souvenirs flous, mémoires partielles affleurant parfois, j’ai été capable de ça, je le suis sans doute encore, mais sans objet à présent.

C’était bien.

A ma mère intérieure

Longtemps je t’ai cherchée, j’ai voulu amener ma mère à te ressembler, ou j’ai fantasmé d’autres mères pour moi de par le monde. Une tante, une amie plus âgée, un amour : quelqu’un qui serait pour moi la maman que ma génitrice ne peut pas être.

Et puis je suis devenue mère. Mère imparfaite, mais aimante, soutenante, patiente, du côté de son enfant. Une mère qui dit « tu n’as le droit de taper personne, et personne n’a le droit de te frapper, personne ». Qui dit « c’est ton corps, c’est toi qui décide », « tu es importante », « je t’aime », et « si j’avais eu le choix parmi tous les enfants du monde, c’est toi que j’aurais voulu rencontrer ». Un parent qui veille à la sécurité, aux valeurs, qui écoute souvent et qui impose parfois. Une mère qui crie aussi (je suis patiente d’emblée avec les bébés et les bambins, après j’ai à prendre sur moi), qui s’énerve, qui tente des trucs qui foirent, qui refuse de lâcher alors que ça vaudrait mieux, qui s’excuse aussi quand c’est juste de le faire.

Cette personne-là, je veux l’être pour moi aussi. Celle qui me dit

Tu es capable, tu vas y arriver, tu vas peut-être beaucoup rater mais il faut beaucoup rater pour réussir, je crois en toi. Tu as vu tout ce que tu as accompli déjà ?

Tu es fatiguée, repose-toi. Viens faire un câlin, prends des forces, respire. Ça va aller mieux. Pleure si tu en as besoin. Ce que tu ressens est légitime. On va trouver des solutions.

Tu as le droit de décider pour toi. C’est ta vie. Tu peux aimer qui tu veux, ce que tu veux, te protéger comme tu veux. Ecoute ton alarme intérieure. C’est toi qui sait ce qui est bon pour toi.

Quoi qu’il arrive, je serai de ton côté. Même quand je suis contrariée ou fâchée, je t’aime.

C’est moins facile qu’il n’y paraît, pour moi du moins. De ne pas alimenter le critique intérieur (la petite voix qui fait bien plus que critiquer mais qui cherche à détruire, celle qui dit boudin ratée t’es nulle et conne et bizarre), d’être de mon côté, inconditionnellement.

Mais j’apprends.

2018, here I rise {mes résolutions}

… peut-être. Peut-être que je vais risé depuis mon lit aussi.

En tout cas c’est le post traditionnel une année sur deux de non-résolutions pour la nouvelle année, celle des jours qui rallongent, pas celle des bourgeons qui bourgeonnent ni de la bougie qui bougonne ou du cartable qu’on remplit de Toblerone. (C’est beau comme du MC Solaar).

Quel sera mon mot totem cette année ? Il y a deux ans, c’était indulgence, et il était tellement important qu’il a rebeloté en 2017. Cette année, je crois que ce sera détente, ou peut être souffle. Ne pas m’accrocher, vivre et laisser vivre, profiter, croire que les choses vont bien tourner.

Et un jour, vivre au bord de la mer …

Je ferai le bilan de mes non-résolutions / défis / projets de 2017 dans un autre post, allons-y pour mes envies de cette année.

_ C’est pas très funky mais c’est une nécessité absolue alors allons-y : devenir hyper rigoureuse sur nos dépenses et nos comptes. Avec le crédit qui arrive et mon seul salaire, ça va être indispensable. J’ai énormément progressé l’an dernier là-dessus, il faut que je continue.

_ M’engager pour les réfugiés. Ce qui arrive en France, en Europe est terrible. J’ai honte quand j’entends les informations, le nombre de morts en mer, les camps, les chasses à l’homme, à l’enfant … Je ne sais pas quoi faire, d’où je suis et avec mes maigres moyens, mais il faut. Il faut.

_ Me dire davantage « bravo » et moins « corrige cela » (comme je le fais déjà pour mes enfants).

_ Relire mon roman de 2016 et l’envoyer à au moins six maisons d’édition.

_ Reprendre une activité physique (Qi Qong et course ?) avant l’implosion.

_ Prendre soin de mes ami.e.s. Toutes les semaines, envoyer à l’un ou l’une un mail, une carte, une pensée.

_ Recommencer un suivi médical pour Ava, qui sous prétexte qu’elle a l’air en forme, n’a pas vu la pédiatre depuis un an (alors qu’elle n’en a pas deux …)

_ Me marrer davantage. Et créer de la dette. Parce que c’est notre projet.

Et elle, elle crée de la dette ?

Et vous, un élan particulier pour démarrer l’année civile ?

(Un élan particulier cherche une élane particulière)

(Pardon, j’ai peu dormi, Ava a fait la barre médiane du H dans le lit).

 

 

2018

Noël est venu, Noël est reparti. Cette année encore, c’est l’Avent que j’ai préféré. Le sapin, le Secret Santa, le calendrier fait maison et échangé avec une amie, ceux aux chocolats des enfants, celui fait par Z pour son père. Les idées de cadeaux, ceux que je trouve en occasion, ceux que nous achetons neufs (toupie Bllllahblède qui semble indispensable à la vie sociale de Z, Lego Star Wars auxquels elle tient avant tout).

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Photo moche mais avec des bokeh. Et j’ai appris le mot pendant le mois de décembre, par la personne qui incarne à mes yeux l’esprit de Noël, alors voilà.

Le 24, nous étions au bord de la mer, les filles heureuses et ensablées, mouillées jusqu’au ventre dans leurs habits d’hiver, des coquillages plein les mains. Je vais tâcher de garder ce souvenir.

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Le soir du 24, les bottes pleines d’eau de mer sèchent

Nouvel An est venu, et reparti. Deux jours avant, un échange sur Twitter débouche sur une invitation en forme de « chiche ! » Nous voici tous les quatre accueillis pour un réveillon tout doux, en chaussons, bonne bouffe et bons vins. Et surtout en bonne compagnie.

Cette année, il m’est difficile de m’y projeter pour le moment, il faudra attendre encore quelques jours, ou quelques semaines, pour avoir les résultats d’un entretien et savoir de quoi nos finances et notre quotidien seront faits.

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Regarder les oiseaux qui viennent manger, une des vraies joies de l’hiver

En attendant, meilleure année à vous, et à bientôt.