Bourguignon aux champignons (végétarien voire végétalien)

Je traduis (approximativement, ce n’est pas mon métier et je le fais entre deux autres trucs) la recette de smittenkitchen conseillée par Neigeolie, testée et approuvée par moi-même personnellement, le Chap et même la môme (qui s’est réveillée en demandant « Mais c’est quoi qui sent si bon ? ») (meilleure môme) (elle a goûté mais n’a pas été bouleversée en revanche). Ah oui j’ai commencé la recette à 8h du mat persuadée qu’il fallait que ça mijote longtemps, à 8h40 c’était prêt, mais ça se réchauffe très bien. J’ai fait ça avec des champignons basiques et un vin pas terrible et c’était déjà très bon, je l’envisage comme repas de fêtes en prenant une bonne bouteille et peut-être des champignons plus foufous.

La recette originale est végétarienne, mais remplacez le beurre par de l’huile d’olive et les pâtes aux œufs par des pâtes sans, oubliez la crème puisqu’on n’en a pas besoin et vous vlà bon pour une recette végétalienne.

Pour 4 personnes

2 cuillères à soupe d’huile d’olive (1 cuillère à soupe = 15 ml, va lire l’article d’OwiOwi pour tout comprendre)
2 cuillères à soupe de beurre (ben que voulez-vous faites comme vous le sentez)
1 kilo de champignons de portobello, taillées en 4 (le site conseille de mettre les pieds de côté pour une autre recette) (moi j’ai pris de bêtes champignons de Paris avec leurs pieds, mais je suis une rebelle)
Une demi-carotte émincée finement
Un petit oignon jaune (j’avais pas, j’ai pris rouge) émincé finement
2 têtes d’ail hachées
Une tasse pleine de vin rouge (alors tu peux retourner lire OwiOwi : 236 ml ça fait)
2 tasses de bouillon de légumes
2 cuillères à soupe de concentré de tomates (enfin moi j’ai mis du coulis)
1 cuillère à thé (5 ml) de feuilles de thym fraîches (ou la moitié en sec)
1 cuillère à soupe et demie de farine
1 tasse d’oignons grelots, épluchés (j’ai fait sans)
Des pâtes aux œufs (ou pas) pour servir
Crème fraîche et ciboulette hachée ou persil (optionnel) (pas mis et pas regretté)

Dans un faitout de taille moyenne, chauffez une cuillère à soupe d’huile et une autre de beurre (ou deux d’huile) à feu vif, ajoutez les champignons trois ou quatre minutes, jusqu’à qu’ils commencent à colorer sans relâcher d’eau, puis réservez-les.

A feu moyen, ajoutez l’autre cuillère d’huile d’olive, les carottes, l’oignon jaune, le thym, sel, poivre noir, pendant dix minutes en touillant de temps en temps, jusqu’à ce que les oignons brunissent très légèrement. Ajoutez l’ail et cuisez encore une minute.

Ajoutez le vin, faites ce que Neigeolie m’a traduit parce que je n’avais pas compris : bien mélanger et gratter pour qu’il n’y ait rien qui se colle, mettre le feu au maximum pour réduire le vin de moitié.

Ajoutez le concentré de tomate et le bouillon, puis les champignons que vous aviez réservés, jus compris, et une fois que tout ce frichti bout, réduisez la température pour que cela mijote pendant 20 minutes, ou jusqu’à ce que les champignons vous chantent Love me tender love me true but mostly tender. Ajoutez les oignons grelots et laissez mijoter encore cinq minutes.

Mélangez le beurre restant et la farine et ajoutez ce mélange au frichti. Baissez encore et laissez mijoter dix minutes de plus. Si la sauce est trop fluide, faites réduire tranquilou. Assaisonnez et servez avec les pâtes, la ciboulette ou le persil et éventuellement la crème (franchement la consistance est parfaitement crémeuse sans).

Voili voilou, régalez-vous.

 

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Rentrer le bois

Aujourd’hui j’ai dû rattraper très vite une bourde, huit stères de bois fraîchement livrées qui bloquaient la mini-pelle, laquelle doit repartir creuser d’autres trous demain.

Sans l’urgence j’aurais pesté, attendu un meilleur moment, en somme j’aurais traîné, et cherché de l’aide. Là, pas le choix, c’était moi ou personne, maintenant ou jamais, et il fallait le faire, alors j’ai allumé la radio, mis mes habits de chantier et m’y suis mise. J’ai pensé à préparé le terrain, à mettre des gants, à placer des palettes : je n’ai oublié que de m’étirer le dos, je m’en voudrai demain. Une seule pause, pour manger une clémentine, même pas savourée, prise par l’angoisse de ne pas finir avant l’orage, avant la nuit. Pas le temps de désemparer, c’était jouable mais tout juste, alors j’ai continué, un peu émerveillée quand même que ça avance, jubilant presque par anticipation de la tête que ferait le Chapeauté, lui qui croyait la chose infaisable en moins de deux jours.

Ce soir j’ai le dos dolent, une main un peu gonflée, quelques faux mouvements en sont la cause. Il est bien possible que pour une fois j’ai des courbatures demain, moi qui n’en ai jamais.

Et devant la maison il y a un tas de bois, mal agencé, mais qui permet à la mini-pelle de passer.

Back dans les bacs

Encore une fois souhaiter retrouver le chemin d’ici, petit à petit.

L’entrée dans l’automne, la maison en travaux depuis cinq mois, les avancées et les emmerdes, les doutes toujours.

M’adressant à moi-même, j’oscille sans cesse entre « tu te débrouilles bien » et « quelle imposture tu es ».

Un sentiment de grande solitude m’empreigne, la plupart du temps. Pas complètement subie, pas vraiment choisie non plus. Celles et ceux, les rares, que je voudrais dans le quotidien de ma vie sont loin, à raison. Iels vivent la leur.

Demeurent l’amoureux, nos enfants, et un peu trop de poids parfois. Sur lui, sur moi. Pouvoir compter absolument l’un sur l’autre, mais seulement sur cette personne-là. Avant la virgule, on respire, après, on étouffe. Non ?

J’ai lu aujourd’hui « l’écriture sauve ». Je ne crois pas avoir besoin d’être sauvée, mais épaulée, oui. Alors je me prends par la main, doucement, et je m’emmène ici.

A bientôt, j’espère.

Lettre à l’ado que j’ai étée

Je viens de lire Lettres à l’ado que j’ai été, acheté pour le CDI, ouvrage collectif initié par Jack Parker et édité chez Flammarion. 28 personnalités écrivent à leur moi du passé, 25 font allusion à Retour vers le futur, c’est globalement optimiste et bienveillant. (Collègues, c’est un bon bouquin pour les CDI des collèges et lycées).

 

Je me suis imaginé me prêter à l’exercice et … 

Chère Minka,

Je t’écris d’un futur qui ne peut exister que si tu ne le connais pas. Si tu pouvais vraiment recevoir cette lettre, tu te transformerais en cendre à sa lecture. Plus prosaïquement, tu irais dans le cabinet de notre père, puisqu’à ton époque il existe encore, au rez-de-chaussée de la maison, et dans l’armoire tu choisirais pour la deuxième fois les médicaments que tu vas ingurgiter, et cette fois tu ferais attention à ce qu’ils soient efficaces, au lieu de jouer à la roulette russe. La première fois (la seule fois, dans notre vie commune, à ce jour), tu avais pioché au hasard des boîtes de ce qui s’était révélé être des anxiolytiques et des coupe faim, tu avais eu mal au ventre toute la nuit et le lendemain, et n’en avais parlé qu’à tes amis du collège, qui n’avaient rien dit. Tu n’avais pas fait de malaise, aucun adulte n’avait su.

Et pourtant, le pire et le meilleur sont à venir. Je ne peux pas te dire que ça vaut le coût, croire qu’on peut faire le bilan de sa vie est une idée de comptable, mais aujourd’hui, à 36 ans, tu es heureuse, et depuis longtemps. Tu aimes N., tu en es aimée. Ce n’est pas la première fois de ta vie, mais ça la première fois où cela vous fait du bien à tous les deux, où cela vous porte. Ça dure depuis 12 ans, nous avons deux enfants ensemble, qui te rendent chèvre et folle de joie. Tu as écrit deux romans, un album pour enfants et un recueil de nouvelles, et absolument rien publié, mais tu ne te décourages pas. Il n’y a que quatre ans que tu écris, après tout.

J’aimerais m’arrêter là, mais ce serait mentir, bien que par omission. Deux des personnes les plus ancrées dans ton cœur vont se donner la mort dans les prochaines années. L’une d’elles est ton père, l’autre, ton premier amour. Tu le rencontreras dans deux ans, vous vous aimerez sept ans. Ce sera une relation difficile, obscure. Il y aura toujours de l’amour, et vous rirez aussi, mais ce sera un rire sombre, un rire de désespoir. Nous ne nous sommes jamais souhaité de mal mais je crois que nous nous en sommes beaucoup fait. Encore aujourd’hui, je n’en suis pas sûre. Peut-être qu’au contraire, sans notre histoire, il aurait voulu mourir plus tôt.

Tu survivras à cela aussi. Honnêtement, je ne sais pas comment. N. est déjà là, et tu l’aimes toujours, mais pendant quelques mois cela semble presque sans poids. Même l’amitié (des amitiés qui durent encore aujourd’hui) n’est que d’un secours superficiel. Tu te dis juste que tu ne peux pas en rajouter. Tu souffres, mais tu ne veux pas accroître le fardeau des autres, alors tu restes. C’est presque une décision que tu as prise. La beauté du monde est insignifiante, et pourtant cruciale. Tu ne la perds jamais de vue. Tu t’accroches aux pâquerettes, aux nuages. Ça ne contrebalance rien, cela existe.

Et petit à petit, ta vie reprend un sens. « Infiniment lentement », comme dans la chanson, mais c’est l’inverse : ton corps revient dans le corps du monde. Même aujourd’hui, personne ne sait à quel point tu n’as existé que pour souffrir et survivre quand même, pendant un an. Mais tu es irriguée de nouveau. Et cela va grandir. Il y aura d’autres batailles, mais même la plus dure d’entre elles ne sera rien par rapport à ça.

Tu sais aujourd’hui que tu aimes et que tu es aimée. Et si cela devait s’arrêter, tu as appris que tu aimes la vie, sa fragilité et sa résistance. Les pâquerettes et le vent.

Si je pouvais t’envoyer cette lettre, je ne le ferais pas. Mais j’aimerais pouvoir te dire : le plus beau est à venir, ça vaut le coup d’être là pour le vivre. (Et commence à écrire, puisque tu en rêves depuis toujours, banane. Personne ne peut le faire pour toi.)

 

Jouer avec Amélie, Andrée et Julie

Un petit jeu d’écriture proposé par Amélie autour des mots d’Andrée Chedid (pour en savoir plus et découvrir l’atelier d’écriture du jeudi d’Amélie, c’est ici). Il fallait attraper le premier bouquin trouvé, et ce fut Mon amour, de Julie Bonnie.

 

Je te donne trois petits coups sur la porte
La vague d’un ailleurs

De l’attelage entre les heures
De l’oeuvre entre les gémissements

Je te donne trois ailes
Et le goût de l’envol

Merci Amélie !

La reprise

Entendre Ava, un peu avant le réveil. Ne pas chercher à la rendormir, au contraire, la coller à moi. première tétée, lui expliquer que je dois partir. La laisser dans le grand lit, près de son père.

Lancer le café, l’eau chaude, me doucher, m’habiller, me coiffer. 15 minutes, chronométrées. Me préparer mon thé préféré en sortant de la salle de bain.

Aller chercher Ava, je ne l’entends pas, s’est-elle rendormie ? « Maman ! », sa voix joyeuse dément. Dans mes bras ma chérie, en avant pour une dernière tétée, le Chap me sert un café en plus du thé juste infusé, et file dégivrer les pare-brises. Je vérifie des bricoles, des numéros de salles, des horaires, pour ma journée de travail. J’ai déjà écrit, hier soir, le mot que trouvera Zoé à son réveil.

Un dernier câlin, quelques mots échangés entre adultes, mes chaussures aux pieds, et je sors. Il fait jour.

Bon lundi à vous.

Nian-nian, et gna, gna, gna {sois heureuxse et tais-le}

Quand j’ai écrit ce billet-là, j’ai dit un truc (sur Twitter) :

Capture du 2018-01-15 20-09-51

… et Samantha Dei (si, si) m’a très gentiment et intelligemment répondu :

Capture du 2018-01-15 20-09-08

Sans vouloir tomber dans le bénabarisme …  Il est vrai que le destin sémantique des expressions « politiquement correct » (se soucier de justice sociale, voilà qui est suspect)  comme « politiquement incorrect » ( « je suis raciste et sexiste mais en plus je fais passer ça pour une attitude rebelle et sexy ») laissent rêveur.

Est-ce qu’avec l’adjectif nian-nian (ou ces potes  mièvre, bisounours ou que sais-je), on ne tombe pas dans le même mécanisme ? S’excuser ou pire s’interdire de dire des choses simples et bénéfiques, est-ce le même  mépris (autoinfligé souvent) que celui qui dénigre la zone de confort ?

de bichnguyenvo via Pixabay

L’injonction au bonheur, ça existe aussi, et c’est une chose terrible. Ça me glace de vivre à une époque où il existe des Happy Office Manager ou des Chief Happiness Officer, bref des flics du bon moral, quand ils sont plus en charge de fliquer le calibre du sourire des employés que de veiller au bien-être au travail. Il faut s’en méfier, des injonctions, même à être soi, même à prendre soin, même à profiter, même à se méfier des injonctions.

Qu’est-ce qui peut rendre heureux ?

Rien d’extérieur n’y suffit : ni l’argent, ni la gloire, ni le pouvoir, ni la famille, ni même le fait d’être aimé par tel ou tel. La misère, par exemple, peut suffire au malheur ; mais chacun sait qu’il n’a jamais suffi d’être riche pour être heureux. Le bonheur dépend d’une disposition intérieure. Laquelle ? Celle que les Anciens appelaient la sagesse, qu’on pourrait appeler, plus simplement, la sérénité, ou, encore mieux, l’amour de la vie. Je dis bien de la vie, heureuse ou malheureuse, et pas du bonheur ! Aimer le bonheur, c’est à la portée de n’importe qui. Mais si c’est le bonheur que vous aimez, vous ne serez content de vivre que lorsque vous êtes heureux, et vous le serez alors d’autant moins que vous aurez peur de ne plus l’être ! Si au contraire c’est la vie que vous aimez, vous avez une excellente raison de vivre, même lorsque le bonheur n’est pas là, et de lutter !

André Comte-Sponville

Sous le terme nian-nian et ses dérivés, il me semble que c’est notre amour de la vie, la naïveté apparente de notre amour de la vie, qu’on cherche à dissimuler comme s’il y avait de quoi en avoir honte.

Alors qu’il y a de quoi, il me semble, être fier, ou du moins content.

Je ne dirai plus nian-nian.

La bienveillance envers soi : écouter la petite voix

C’est un billet qui me tient à cœur, et je ne sais pas très bien par quel bout l’aborder. Quel fil tirer en premier ?

Peut-être commencer par deux de mes plus proches amies qui ont mis des années à arrêter une relation où elles étaient malheureuses, où elles étaient en danger, une relation qu’elles avaient commencée en doutant beaucoup, en luttant contre une petite voix qui leur disait de fuir, de ne pas s’engager ?

Ou alors cette copine qui me parle d’une vague connaissance qu’elle ne sent pas, mais qui fréquente les mêmes cercles en ligne qu’elle, et qu’elle n’ose pas arrêter de suivre de peur de la froisser ?

Ou bien de moi qui ai (jadis) laissé des gens sortir de ma vie en crachant sur les meubles et y entrer de nouveau en s’essuyant à peine les pieds sur le paillasson, pour recommencer le même manège quelques mois plus tard ?

Peur d’être injuste, envie d’y croire, besoin de reconnaissance

Je ne vais pas supposer, dans ce billet, que qui que ce soit dans ces relations est un manipulateur, un pervers narcissique ni même « juste » une mauvaise personne. Je ne suis ni psy, ni juge, et à vrai dire les personnes citées dans ces quatre exemples ne m’intéressent pas (ou, dans le dernier cas, plus). Ce qui me fascine, c’est le mécanisme qui fait qu’on laisse entrer dans sa vie (un peu, beaucoup ou énormément, les exemples cités vont de la simple fréquentation via les RS au mariage) quelqu’un alors qu’au premier abord, une alarme interne s’était déclenché qui nous disait « méfiance ».

Dans certains cas, c’est la peur d’être injuste et de blesser qui fait surmonter ce rejet initial. « Cette personne est tellement appréciée autour de moi, qui suis-je pour douter de ses qualités ? » Mais qui nous oblige à fréquenter quelqu’un qu’on ne sent pas qu’elles que soient ses bons côtés par ailleurs ? En tant qu’ancienne looseuse sociale, j’ai laissé pas mal de gens entrer dans ma vie juste pour ne pas infliger le rejet à d’autres. Ça a donné des relations bancales, pas très intéressantes et qui à mon avis ont fait plus de mal que de bien. Et parfois, encore aujourd’hui, j’ai conscience d’être cette personne qui fait se déclencher l’alarme chez les autres, et oui, c’est désagréable.  Peut-être que ce sont des signaux qui viennent de moi – je suis gauche, mal à l’aise en public, pas très liante au premier abord, peut-être aussi que ça n’a rien à voir. Sans doute juste qu’on n’est pas fait pour être potes, et ce n’est pas un drame. N’exagérons pas non plus notre propre importance.

Parfois aussi – davantage dans les histoires d’amour – on a envie d’y croire. Quelque chose nous dit non, pas question, fuis, mais on a peur que ce soit la voix de la peur de s’attacher, on se dit qu’on va passer bêtement à côté d’une belle histoire, à cause de nos préjugés, de notre crainte de sortir de notre zone de confort. Et si on arrêtait de dénigrer cette fameuse zone de confort ? Quelqu’un sur Twitter (pardon, j’ai oublié qui) proposait, plutôt que de vouloir à tout prix en sortir, de chercher à l’agrandir. Voilà qui me paraît un projet bien plus enthousiasmant (et pas méprisant, celui-là, pour les gens qui comme moi et bien d’autres ont besoin d’une grande sécurité pour oser faire des choses nouvelles).

Écouter la petite voix, encore et toujours

Alors, quand la petite voix nous dit non et qu’on a envie de dire oui quand même, on fait quoi ? On continue à écouter. Ce qui ne veut pas dire mettre un terme ou étouffer dans l’œuf toute relation naissante à la moindre frilosité. Mais écouter cette voix, jusqu’au bout, ne pas la faire taire. Elle peut avoir bien plus à dire. Et décider ensuite si on veut passer outre ou non, si elle est un écho du passé, si on veut prendre le risque quand même, si on lui donne raison.

Mais, j’insiste : on a le droit de s’écouter. On a le droit de ne pas vouloir laisser entrer telle ou telle personne dans sa vie (je ne parle pas : dans son école, dans son entreprise, mais dans son cercle intime) même sans aucune raison rationnelle, sans aucune raison tout court, autre que « je ne la sens pas ». Nous n’avons pas à fournir d’arguments solides pour un manque de feeling. Si votre alarme s’est déclenchée, si votre petite voix vous dit « non », écoutez-vous. « Je sais que ce n’est pas très bienveillant », s’excusait une concernée. Et nier ce qu’on ressent, est-ce bienveillant envers soi ? On ne doit pas son attention, et encore moins son amitié ou son estime, à tout à chacun.

Écoute et bienveillance envers soi d’abord.

 

 

Guillaume Meurice : que demande le peuple ?

Il y a quelques jours, j’ai assisté au spectacle de Guillaume Meurice, Que demande le peuple ?, et j’avais envie d’en dire deux mots.

G.Garitan – CC BY-SA 4.0

 

J’aime bien Guillaume Meurice. Il a mon âge, il a grandi dans le même coin que moi (et quand il parle des bleds de son enfance, ça me chatouille au niveau du cœur), il est de gauche et futé, il fait parler les plus petites voix et il a une très belle implantation capillaire (ce qui n’est pas primordial à la radio, mais moi ça me fait plaisir).

J’allais donc voir son spectacle à moitié conquise d’avance. A moitié seulement, parce que si je pense être bon public dans une conversation, je suis assez exigeante quand je vais voir un spectacle, surtout comique (en revanche, emmène-moi voir un musicien et je suis hilare à chaque blagounette entre deux morceaux, va comprendre) (Thomas Fersen je t’embrasse). De plus, j’aime beaucoup les chroniques de Guillaume (oui, je vais l’appeler Guillaume, je ne l’ai pas encore vu tout nu mais ça simplifiera le processus), mais, tout comme il le reconnaît lui-même, elles sont assez faciles (ce qui ne les empêchent pas d’être efficaces, et drôles, et révélatrices de notre société), et j’avais un peu peur que le spectacle tienne un peu du même genre. Ce n’est pas le cas.

Le spectacle est un vrai spectacle comique, construit, avec une mise en scène, des fils rouges, des délires, un tout petit peu d’impro, un peu de musique, de la politique, des interactions  … Le show est honnête, et même un peu mieux que ça. J’ai passé une bonne soirée, j’ai rigolé, mais

Mais … J’attendais mieux. J’attendais un humour qui ne soit absolument pas discriminant. D’ailleurs, sur la première partie, assurée par Francisco E Cunha  : pour faire rire sur le suicide, il faut une immense délicatesse d’écriture. C’est raté. La partie sur le suicide artistique marchait mieux.

Après avoir apprécié (euphémisme pour dire avoir sombré dans le fangirlariat) Guillaume Meurice, le chroniqueur, je voulais découvrir Guillaume Meurice, l’humoriste. Sauf que sur scène, Guillaume joue un personnage, celui de Xavier-appelez-moi-Xave, pubard, communiquant politique à ses heures, droitard sans vergogne. Et c’est ce personnage, qu’on va adorer détester, qui nous tient conférence pendant presque deux heures. Pourquoi pas, c’est là encore assez efficace, et souvent drôle, même si on rit parfois bien jaune. Le problème arrive quand Xavier ou Guillaume essaie de chauffer la salle, nous taquine car ça ne marche guère, tente de nous faire applaudir à des slogans moisis … le malaise s’installe peu à peu. Moi, même pour rire, je ne hurle pas « Fière d’être Française ! » (et la bonne moitié de la salle non plus). D’un côté j’ai envie d’applaudir, de me marrer, d’hurler des trucs, parce que ça fait partie du plaisir du spectacle comique, et d’un autre, non, pas si ça ne me fait pas rire, pas si je ne le pense pas ou si plutôt si c’est à l’opposé de ce que je pense (pas de problème pour répéter des trucs absurdes genre cris d’animaux, par exemple).

J’irai voir le prochain spectacle de Meurice, je crois, parce que celui-ci (son deuxième) est prometteur. En espérant qu’il saura trouver un personnage moins casse-gueule ou assumer davantage qu’il ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Un personnage détestable qui fait rire, c’est tout à fait possible et il s’en sort bien, même si ce n’est pas le rire le plus libérateur du monde. Mais un Xave détestable qui ambiance une salle pleine des gauchistes qui viennent voir Guillaume, c’est plus qu’un pari risqué : une fausse bonne idée, qui affaiblit un show intelligent.

Un joli samedi

Hier était un joli jour, une journée qui n’avait rien d’exceptionnel et qui n’était pas parfaite non plus (et certainement chiante comme la mort pour plein de gens), mais une belle journée comme elles se sont faites trop rares ces derniers temps, et j’ai envie d’en garder la trace.

Se lever, quitter la tiédeur d’Ava contre mon flanc, retrouver Zoé et son père en bas. Attendre le bruit de gorge de la cafetière italienne, goûter le café préparé par la môme. Répondre « je viens ou tu veux ta sœur ? » à l’appel d’Ava, entendre « Ma sœu’ ! ». Bouquiner, lire à voix haute, feuilleter d’autres livres avec un premier thé, un deuxième café.

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dh_creative via Pixabay

Se décider à aller au marché, juste Ava et moi, sa petite main bien au chaud dans la mienne et le froid tout autour.  Lui expliquer le petit gars vert et le petit bonhomme rouge du passage piéton. Courir dans la rue barrée aux voitures. Croiser les copains devant chez Guillaume, le cafetier ambulant, se faire offrir un chocolat chaud. Se réjouir qu’Ava ne le renverse que par terre. Discuter et acheter du café  pendant qu’Ava joue à chat avec les enfants des potes, se dire tu sais pour le poste de l’école maternelle, tu l’inscris la rentrée prochaine toi, à bientôt, à plus tard, à demain. Discuter avec la boulangère d’un voyage à Barcelone qu’elle fera en avril. Faire un tour à la ressourcerie, fouiller, choisir pour deux euros de petite vaisselle blanche pour un bricolage futur, et une veste très chaude pour trois euros.

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Rentrer à la maison le temps d’une tétée, et puis filer manger, seule, chez une copine avec d’autres gens, dont une fille que je vais beaucoup aimer, je crois. Boire un peu trop et beaucoup rigoler, tirer quelques plans sur la comète, manger du houmous, une tartinade à la pistache et une autre à l’ail rose, et redécouvrir le croquant de la carotte crue après quatre jours de compote-purée.

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Ajale via Pixabay

Revenir chez moi trois heures plus tard, retrouver les aimé·es repu·es de frites. Le Chap parti au jardin, ouvrir avec les filles un livre de bidouilles emprunté la veille, faire des pompons avec une fourchette et décorer notre vaisselle avec de l’eau et du vernis.

Partir pour une réunion, les mômes sous le bras, réveiller Ava endormie pendant le trajet à l’arrivée, la garder près de moi comme un petit marsupial les trois heures qui suivent. Crier « bouge-toi le cul merde » pendant un jeu de rôle et trouver cela étonnamment plaisant. Rire et s’émouvoir.  Rentrer dans la nuit déjà avancée, retrouver l’homme que j’aime.

Se dire que c’était une belle journée.