Rentrer le bois

Aujourd’hui j’ai dû rattraper très vite une bourde, huit stères de bois fraîchement livrées qui bloquaient la mini-pelle, laquelle doit repartir creuser d’autres trous demain.

Sans l’urgence j’aurais pesté, attendu un meilleur moment, en somme j’aurais traîné, et cherché de l’aide. Là, pas le choix, c’était moi ou personne, maintenant ou jamais, et il fallait le faire, alors j’ai allumé la radio, mis mes habits de chantier et m’y suis mise. J’ai pensé à préparé le terrain, à mettre des gants, à placer des palettes : je n’ai oublié que de m’étirer le dos, je m’en voudrai demain. Une seule pause, pour manger une clémentine, même pas savourée, prise par l’angoisse de ne pas finir avant l’orage, avant la nuit. Pas le temps de désemparer, c’était jouable mais tout juste, alors j’ai continué, un peu émerveillée quand même que ça avance, jubilant presque par anticipation de la tête que ferait le Chapeauté, lui qui croyait la chose infaisable en moins de deux jours.

Ce soir j’ai le dos dolent, une main un peu gonflée, quelques faux mouvements en sont la cause. Il est bien possible que pour une fois j’ai des courbatures demain, moi qui n’en ai jamais.

Et devant la maison il y a un tas de bois, mal agencé, mais qui permet à la mini-pelle de passer.

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La reprise

Entendre Ava, un peu avant le réveil. Ne pas chercher à la rendormir, au contraire, la coller à moi. première tétée, lui expliquer que je dois partir. La laisser dans le grand lit, près de son père.

Lancer le café, l’eau chaude, me doucher, m’habiller, me coiffer. 15 minutes, chronométrées. Me préparer mon thé préféré en sortant de la salle de bain.

Aller chercher Ava, je ne l’entends pas, s’est-elle rendormie ? « Maman ! », sa voix joyeuse dément. Dans mes bras ma chérie, en avant pour une dernière tétée, le Chap me sert un café en plus du thé juste infusé, et file dégivrer les pare-brises. Je vérifie des bricoles, des numéros de salles, des horaires, pour ma journée de travail. J’ai déjà écrit, hier soir, le mot que trouvera Zoé à son réveil.

Un dernier câlin, quelques mots échangés entre adultes, mes chaussures aux pieds, et je sors. Il fait jour.

Bon lundi à vous.

Un joli samedi

Hier était un joli jour, une journée qui n’avait rien d’exceptionnel et qui n’était pas parfaite non plus (et certainement chiante comme la mort pour plein de gens), mais une belle journée comme elles se sont faites trop rares ces derniers temps, et j’ai envie d’en garder la trace.

Se lever, quitter la tiédeur d’Ava contre mon flanc, retrouver Zoé et son père en bas. Attendre le bruit de gorge de la cafetière italienne, goûter le café préparé par la môme. Répondre « je viens ou tu veux ta sœur ? » à l’appel d’Ava, entendre « Ma sœu’ ! ». Bouquiner, lire à voix haute, feuilleter d’autres livres avec un premier thé, un deuxième café.

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Se décider à aller au marché, juste Ava et moi, sa petite main bien au chaud dans la mienne et le froid tout autour.  Lui expliquer le petit gars vert et le petit bonhomme rouge du passage piéton. Courir dans la rue barrée aux voitures. Croiser les copains devant chez Guillaume, le cafetier ambulant, se faire offrir un chocolat chaud. Se réjouir qu’Ava ne le renverse que par terre. Discuter et acheter du café  pendant qu’Ava joue à chat avec les enfants des potes, se dire tu sais pour le poste de l’école maternelle, tu l’inscris la rentrée prochaine toi, à bientôt, à plus tard, à demain. Discuter avec la boulangère d’un voyage à Barcelone qu’elle fera en avril. Faire un tour à la ressourcerie, fouiller, choisir pour deux euros de petite vaisselle blanche pour un bricolage futur, et une veste très chaude pour trois euros.

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Rentrer à la maison le temps d’une tétée, et puis filer manger, seule, chez une copine avec d’autres gens, dont une fille que je vais beaucoup aimer, je crois. Boire un peu trop et beaucoup rigoler, tirer quelques plans sur la comète, manger du houmous, une tartinade à la pistache et une autre à l’ail rose, et redécouvrir le croquant de la carotte crue après quatre jours de compote-purée.

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Revenir chez moi trois heures plus tard, retrouver les aimé·es repu·es de frites. Le Chap parti au jardin, ouvrir avec les filles un livre de bidouilles emprunté la veille, faire des pompons avec une fourchette et décorer notre vaisselle avec de l’eau et du vernis.

Partir pour une réunion, les mômes sous le bras, réveiller Ava endormie pendant le trajet à l’arrivée, la garder près de moi comme un petit marsupial les trois heures qui suivent. Crier « bouge-toi le cul merde » pendant un jeu de rôle et trouver cela étonnamment plaisant. Rire et s’émouvoir.  Rentrer dans la nuit déjà avancée, retrouver l’homme que j’aime.

Se dire que c’était une belle journée.

Au complet – il n’y aura pas d’autre enfant

Je le sais, maintenant, je n’aurai plus d’enfant. Pas d’autre grossesse, non que mon corps ne le puisse pas, mais mes épaules, nos épaules, notre vie, notre maison, ne sont pas de taille à accueillir un enfant de plus.

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Je croyais vouloir quatre enfants – au moins. J’ai toujours dit, un à la fois, mais avec cet horizon-là en tête. Un était inenvisageable, deux encore trop peu, trois un chiffre bancal, quatre était parfait, mais au-delà aussi, et qui sait si ce serait la fin de la pelote ?

Et puis, la vie. Les choix et les hasards, l’homme que j’aime, l’endroit où l’on vit, la famille agrandie absente. Mais surtout : le parent que je suis, que je veux être. Ma relation avec ces enfants-là, mon temps avec elles, mes moments sans elles.

Je n’aurai pas d’autre enfant et ce qui est heureux, c’est que je ne veux plus d’autre enfant. Mon désir, ou mon non-désir, et mes possibilités coïncident.

Ce qui me pince, m’égratigne un tout petit peu, à peine une marque sur ma peau au fond, c’est l’idée que plus jamais je ne vivrai cette relation mammifère avec un petit qui vient de naître, ces heures de peau à peau dans l’odeur du lait les premières semaines. Cette puissance folle que j’ai ressenti pendant mes accouchements. Ce lien engloutissant où plus rien n’existe que le nouveau-né, la nouvelle-née, l’absolue nouveauté et l’absolue banalité de cette vie qui commence, de cette famille bouleversée par l’irruption attendue d’une autre personne. Ce miracle qui puise en même temps dans le plus irréductible commun de la vie – non que nous soyons tous parents, mais nous sommes tous nés.

Il y aura peut-être d’autres tout-petits dans ma vie, qui sait ? Un petit-enfant un jour, un neveu ou une nièce de sang ou de cœur. Ce sera autre chose.

Nous sommes quatre. Je ne veux que ces trois-là.

A ma mère intérieure

Longtemps je t’ai cherchée, j’ai voulu amener ma mère à te ressembler, ou j’ai fantasmé d’autres mères pour moi de par le monde. Une tante, une amie plus âgée, un amour : quelqu’un qui serait pour moi la maman que ma génitrice ne peut pas être.

Et puis je suis devenue mère. Mère imparfaite, mais aimante, soutenante, patiente, du côté de son enfant. Une mère qui dit « tu n’as le droit de taper personne, et personne n’a le droit de te frapper, personne ». Qui dit « c’est ton corps, c’est toi qui décide », « tu es importante », « je t’aime », et « si j’avais eu le choix parmi tous les enfants du monde, c’est toi que j’aurais voulu rencontrer ». Un parent qui veille à la sécurité, aux valeurs, qui écoute souvent et qui impose parfois. Une mère qui crie aussi (je suis patiente d’emblée avec les bébés et les bambins, après j’ai à prendre sur moi), qui s’énerve, qui tente des trucs qui foirent, qui refuse de lâcher alors que ça vaudrait mieux, qui s’excuse aussi quand c’est juste de le faire.

Cette personne-là, je veux l’être pour moi aussi. Celle qui me dit

Tu es capable, tu vas y arriver, tu vas peut-être beaucoup rater mais il faut beaucoup rater pour réussir, je crois en toi. Tu as vu tout ce que tu as accompli déjà ?

Tu es fatiguée, repose-toi. Viens faire un câlin, prends des forces, respire. Ça va aller mieux. Pleure si tu en as besoin. Ce que tu ressens est légitime. On va trouver des solutions.

Tu as le droit de décider pour toi. C’est ta vie. Tu peux aimer qui tu veux, ce que tu veux, te protéger comme tu veux. Ecoute ton alarme intérieure. C’est toi qui sait ce qui est bon pour toi.

Quoi qu’il arrive, je serai de ton côté. Même quand je suis contrariée ou fâchée, je t’aime.

C’est moins facile qu’il n’y paraît, pour moi du moins. De ne pas alimenter le critique intérieur (la petite voix qui fait bien plus que critiquer mais qui cherche à détruire, celle qui dit boudin ratée t’es nulle et conne et bizarre), d’être de mon côté, inconditionnellement.

Mais j’apprends.

2018

Noël est venu, Noël est reparti. Cette année encore, c’est l’Avent que j’ai préféré. Le sapin, le Secret Santa, le calendrier fait maison et échangé avec une amie, ceux aux chocolats des enfants, celui fait par Z pour son père. Les idées de cadeaux, ceux que je trouve en occasion, ceux que nous achetons neufs (toupie Bllllahblède qui semble indispensable à la vie sociale de Z, Lego Star Wars auxquels elle tient avant tout).

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Photo moche mais avec des bokeh. Et j’ai appris le mot pendant le mois de décembre, par la personne qui incarne à mes yeux l’esprit de Noël, alors voilà.

Le 24, nous étions au bord de la mer, les filles heureuses et ensablées, mouillées jusqu’au ventre dans leurs habits d’hiver, des coquillages plein les mains. Je vais tâcher de garder ce souvenir.

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Le soir du 24, les bottes pleines d’eau de mer sèchent

Nouvel An est venu, et reparti. Deux jours avant, un échange sur Twitter débouche sur une invitation en forme de « chiche ! » Nous voici tous les quatre accueillis pour un réveillon tout doux, en chaussons, bonne bouffe et bons vins. Et surtout en bonne compagnie.

Cette année, il m’est difficile de m’y projeter pour le moment, il faudra attendre encore quelques jours, ou quelques semaines, pour avoir les résultats d’un entretien et savoir de quoi nos finances et notre quotidien seront faits.

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Regarder les oiseaux qui viennent manger, une des vraies joies de l’hiver

En attendant, meilleure année à vous, et à bientôt.

Végétarienne débutante #3, les premières fois

Aujourd’hui cela fait deux mois que je suis végétarienne, j’ai donc tout du bébé sauf que c’est vraiment facile, bien plus que je l’imaginais, alors que je vis dans un département très (très) rural, et très (très) porté sur la viande (on a inventé le petit déjeuner aux tripoux, la saucisse et le foie gras, à en croire les gars du coin).

Depuis le dernier billet sur le sujet ici, j’ai repris les repas à la cantine, ai mangé dans un restaurant « menu unique payé par l’entreprise », et ai été invitée en ayant oublié de préciser que je ne mange plus ni viande ni poisson. Dans les trois cas cela se passe bien (ou s’est bien passé). A la cantine,  je mange des féculents  et des légumes, du laitage et du dessert. Une fois sur deux en gros, je suis obligée de passer mon tour sur l’entrée. Il est clair en revanche que si un jour je deviens végétalienne ou stoppe simplement les laitages, il faudra que j’amène ma gamelle. Au restaurant, j’ai expliqué que j’étais végétarienne (première fois d’ailleurs que j’utilisais le qualificatif publiquement) et on m’a servi une délicieuse pizza devant mes collègues envieux, sans supplément même si cela sortait de ce qui était convenu. Lors de l’invitation, j’étais plus embêtée, par peur de mettre mal à l’aise mes hôtes, mais j’ai assumé, et mangé ma purée avec l’accompagnement de la viande (des olives et des champignons, c’était bien bon), et personne n’a paru gêné plus d’une minute (« et tu veux des carottes ? et tu veux un oeuf ? »)

J’entends souvent dire qu’être végétarien n’est pas facile par rapport au regard des gens, je dois être bien entourée, car à part un peu d’ironie au boulot, je n’ai récolté que des réactions étonnées au « pire », et souvent admiratives.

Et côté frustration ? Aucune pour le moment ! L’odeur de la viande me plaît toujours, mais une fois dans l’assiette (des autres), elle ne me fait pas du tout envie. J’ai l’impression de davantage savourer ce que je mange. Sans doute parce qu’avant, ma « comfort food » pouvait facilement être carnée ou lactée, et que depuis que j’ai arrêté la première en souhaitant a minima ne pas augmenter la seconde, je mise sur les saveurs nouvelles (ou que j’avais négligées) : épices, herbes aromatiques, graines germées, noix en tout genre, fruits secs.

Je ne partage pas ma toute petite expérience pour vous convaincre de faire comme moi, ce serait carrément mégalo, et d’ailleurs je ne vous ai pas parlé de mes motivations. En revanche, si certains d’entre vous (aka qui lit encore ce blog ?) ont envie de passer au végétarisme mais sont effrayés, je serais ravie si cette lecture pouvait quelque peu les rasséréner.

Bon app, les gente.s.

Bon a

 

Mon amour

Hier, j’ai déjeuné avec une toute jeune femme, et ses vingt-six ans m’ont renvoyée à une autre époque.

Est-ce qu’elle est encore en moi, cette fougue, cette assurance que notre amour va ouvrir toutes les portes intérieures, tous les endroits verrouillés ?

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Ça c’est la déco bizarre dont tu pares notre maison minuscule. Et pour ça aussi, je me trouve chanceuse.

Quand je croyais – non, quand je savais – que nous allions arriver où nous désirions, et que le plus beau serait encore le voyage.

Quand ensemble nous pouvions être ce que nous voulions.

Dans ma chambre jaune minuscule, avec l’immense photo de nous qui prenait tout un mur, vingt A4 en mosaïque, tout me parlait de nous. Je lisais des lettres d’amour d’aventurières, et je me disais, oui, c’est ça que nous serons ensemble, nous sommes les graines de ce qu’ils furent.

Il n’y a ni amertume ni regret entre nous, pas même de nostalgie dans ces lignes. (Le besoin d’écrire ceci, pour mièvre que cela paraisse : je t’aime autant qu’alors, si ce n’est plus, si je peux aimer plus). Juste les souvenirs, et une surprise : c’est donc là que nous allions ?

Sommes-nous arrivés ?

 

Deuxième accouchement sans souffrance (et sans péri)

Après la naissance de Z., j’avais tout de suite eu envie d’en écrire le récit et l’avais fait dès que j’en avais eu l’occasion. Je suis contente de l’avoir fait rapidement, il est riche en détails, dont certains que j’ai oubliés, dont la mémoire se réactive à la lecture. Après la venue au monde de K., j’ai bien vite noté sur mon carnet « écrire le récit de sa naissance », et un an et demi plus tard, je ne l’ai pas encore fait.

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Alors, comment était-il, ce deuxième accouchement après un premier aussi inattendu (rapide, sans douleur et sans péridurale) ? (Précision : je ne suis pas contre la péridurale, vous faites comme vous le voulez et le pouvez).

Il était très différent. Pourtant, techniquement, je pense que tout s’est passé de façon très similaire (le temps que ça a pris, les différentes phases, la position du bébé). Moi, j’étais différente. J’avais déjà accouché, je connaissais mieux mon corps, je n’étais pas aussi facile à surprendre. Cette fois là, pas question d’arriver à la maternité dilatée à 9.

Les jours précédents ce 11 janvier, il m’était arrivé de me lever très tôt le matin, voire dans la nuit, réveillée par des contractions. Je prenais un bain chaud, un spasfon, je regardais mon ventre faire trembler l’eau, se calmer ensuite. Ce jour-là, ça n’a pas marché, ou peut-être n’ai-je même pas essayé. J’ai vu que je perdais (trigger warning bouchon muqueux) le bouchon muqueux vers 6h du matin, ce qui avait été le commencement des choses sérieuses avec Z. J’ai attendu que le Chap se réveille, je lui ai dit que c’était pour aujourd’hui, qu’on allait emmener Z chez une amie qui l’emmènera à l’école avec ses propres enfants. On a patienté jusqu’au réveil de la môme, on lui a expliqué. Elle était concentrée, émue d’une façon intériorisée, silencieuse qui est rare chez elle, réservée aux plus grandes émotions.

On est partis, on s’est garés devant chez l’amie. Pendant que le Chap faisait un premier aller-retour chez elle, Z  est venue sur mes genoux, le peu de place qu’il y restait, à l’avant de la voiture. C’était un beau moment. Elle m’a demandé qu’on ne regarde pas le sexe du bébé avant qu’elle arrive, je lui ai dit que ce ne serait pas possible, mais qu’elle pourrait le découvrir elle-même si elle voulait. Et je lui ai dit « à demain ».

On arrive à la maternité. Les contractions sont toujours présentes et régulières, mais pas si intenses, et pas douloureuses. Mais je suis sûre de moi, l’idée qu’on nous renvoie chez nous ne m’effleure pas. Après un peu d’attente, on m’emmène en salle d’examen. Après quelques échanges, la sage-femme me confirme ce dont je me doutais sans l’appeler de mes vœux : c’est elle qui avait assisté à mon premier accouchement (d’une façon que je n’avais guère appréciée). Je décide (parce que la pensée magique, quand elle m’aide, je prends, comme les placebos) que la coïncidence signifie que nous allons pouvoir réparer ce qui s’est passé il y a quatre ans. Le travail a commencé, doucement : j’en suis à 3. Il est 9h. Elle me demande ce que je veux, je réponds : choisir ma position et que ce soit moi qui « attrape » le bébé.

Elle m’installe en salle nature, je veux pouvoir me suspendre, comme pour la naissance de Z. Dans un premier temps, j’alterne le ballon, les massages du Chap et une sorte de danse vaguement africaine, toute dans les chevilles et le bassin. Alors que lors de mon premier accouchement je me laissais porter par les événements en attendant que cela commence vraiment, cette fois-ci je suis consciente que c’est en train de se passer, et j’en suis, je m’imagine même aux commandes. Autre différence : alors que la première fois j’ai eu l’impression que le Chap et moi nous faisions quelque chose ensemble, cette fois je le vois à peine. Plus le travail avance et plus je m’adresse à lui par gestes, voire par borborygmes.

La sage-femme revient au bout de deux heures, je suis à 5. Deux heures plus tard, à 7. La puer vient aussi parfois, je mets un vernis social pour elles, elles me dérangent mais je fais avec.

Vers 13h, je demande au Chap d’appeler la puer. Je n’ai toujours pas mal mais je commence à me sentir un peu perdue, je crois avoir envie de pousser mais sans en être sûre. La puer vient, m’écoute, va chercher la SF, lui explique que je me sens « un peu perdue », je la corrige (sur le moment, ça me semble une grave déformation). La SF me dit : « c’est vous qui savez », et je sens que ces paroles réparent quelque chose de notre première rencontre (où elle ne m’avait pas laissé choisir ma position d’accouchement). La dilatation n’est pas maximale mais elle me dit que pour un deuxième, les choses (la dilatation et la descente) peuvent se faire en même temps. Et c’est parti pour trois quarts d’heure de poussée (ce que j’ai trouvé beaucoup trop long). D’abord en suspension, pendant assez longtemps. Je démarre debout, les bras en extension en haut de la corde, et me laisse accroupir le long de la contraction. Et … ça ne marche pas, je m’épuise, j’ai l’impression que trop peu se passe. Les soignantes commencent à m’encourager avec leurs intonations de supportrices de foot, je les « ch-chuuuuut ! » dans ma plus belle performance de dame du CDI délocalisée. La SF propose plusieurs fois que je m’allonge sur le lit, je refuse, puisque la position verticale me réussissait la première fois, aucune raison de faire autrement ! Elle finit par me conseiller, un peu plus fermement, d’essayer au moins, je pourrai me relever si ça ne convient pas. Je m’allonge. Je pousse depuis une demi-heure (j’ai poussé dix minutes pour la naissance de Z), je trouve le temps long, j’ai horreur de ça.

Et puis enfin, on amène ma main à sentir le crâne du bébé, et je sens cette brûlure mouillée (et là j’ai mal, je me tortille de douleur en le criant, mais ça ne dure que quelques secondes), et la SF guide mes mains sur un paquet mou, glissant et grisâtre, qui devient un bébé rose le temps de le poser sur mon torse.

Aussitôt, la SF lui dégage les jambes, me dit de regarder le sexe de mon bébé. Pendant une demi-minute le cordon me perturbe, et puis je dis « une … petite fille ? » La SF me répond : « Oui, votre fille », et je dis « Oh, c’est ce que je voulais ! » (je n’en avais aucune idée avant de le dire).

Pas de souffrance, peu de douleur, et une sensation d’en être, pas seulement d’accompagner le processus. C’était beau – ce n’était pas encore mon idéal, mais c’était beau.

Et voilà comment K est venue au monde.

 

Végétarienne débutante #2 : les menus

Comme promis, voici la première semaine de menus végétariens. Je ne suis pas sûre d’en mettre d’autres avant un moment, car on est très routiniers en ce qui concerne la bouffe (on mange ce qu’on aime, et ça ne nous dérangerait pas de manger le même plat à chaque repas), donc on change avec les saisons essentiellement.

On prend dix minutes pour faire les menus le samedi avant le marché parce que ça nous fait économiser du temps et de l’énergie (« t’as une idée pour le repas de ce soir ? » a disparu de nos fins d’aprem, et ne nous manque pas), de l’argent (plus de gâchis), de la place (on achète exactement ce dont on a besoin, et pas « ce qu’on a fini et qu’il faut remplacer »). Après il est fréquent que des repas changent de place, voire qu’un s’annule et soit remplacé par des restes par exemple.

Il y a des jours à deux repas, et des jours à un seul, quand il n’y a que les adultes à la maison le midi et qu’ils se nourrissent de tartines.

Tous les repas sont accompagnés de crudités mais je ne le note pas à chaque fois. En dessert on a accès à : des fruits, des compotes, parfois des yaourts.

Les fajitas (qu’on appelle chez nous tortillas parce que c’est le nom de la galette) sont carnés pour les uns, et végé pour moi : avocat-tomate-concombre-yaourt-épices.

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Voilà, mangez bien !